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La Paix, dis-moi ton nom

La Paix, dis-moi ton nomLes éditions Teham Éditions ont organisé pour la quatième fois cette année un concours d'écriture sur le thème  « J'écris, Je dis, Paix », dont la rencontre de clôture a eu lieu le 9 octobre 2016.

Celestin Lingo, légende vivante et doyen des journalistes camerounais, est l'auteur du formidable texte qui vous est proposé ci-dessous, sous le titre "La Paix, dis-moi ton nom".

La Paix, la Paix, la Paix…

Du matin au soir, du soir au matin, on prononce ton nom. Sur la montagne, dans la plaine, on parle de toi. Dans la forêt, au désert, on parle de toi. La bouche et la plume crient et écrivent sur toi. La télé, les réseaux sociaux parlent de toi. Au château et dans les taudis, à l’école et au chantier, c’est ton nom !

Tu es une star, tu es une vedette, tu es une icône. Toutes et tous chantent ton nom. On te mêle à toutes les sauces.

Mais, est-ce bien toi dont tout le monde parle ? Ne se trompe-t-on pas d’objet, ne mélange-t-on pas les sujets ?

La Paix, dis-moi ton nom !

Un oracle d’Afrique dit que la paix n’est pas un mot, mais un comportement. Toutes les interprétations concordent : il ne suffit pas de parler, de te dire, de t’invoquer, de te nommer, pour que tu sois, comme Dieu à la création. Nous ne sommes pas des dieux, nous ne sommes pas Dieu. Il faut agir, il faut t’agir, il faut te faire, pour que tu existes.

Paix, violences ?Celestin Lingo

Tout le monde est d’accord là-dessus. Mais, en ton nom, que de violences ! Que de guerres mondiales, avec leurs tirailleurs « sénégalais » ; que de guerres modernes, avec leurs drones ; que de guerres régionales, avec leurs casques bleus ; que de guerres coloniales et postcoloniales, avec la Françafrique ; que de guerres villageoises, avec leurs tribalismes ; que de guerres civiles, de rébellions et de révoltes, avec leurs complicités étrangères ; que de guerres éhontément « saintes », de djihads, de croisades, au nom du Dieu de la Paix ! Que de Al Qaida, de Daesch, de Boko Haram, de National Rifle Association (NRA) !

On retrouve, ton nom à la bouche, les mêmes acteurs dans les usines et les marchés d’armes, les mêmes dans les officines de stratégie guerrière et sur les champs de bataille. Ce sont les mêmes dans les conférences internationales sur la paix, les discours angéliques plein les micros et les haut-parleurs, applaudis à tout rompre mais oubliés dès la sortie, puis sanctionnés par des sondages laudatifs.

La Paix, ce n’est pas un mot, mais un comportement ? Nous on veut bien, on y croit. Mais ne serais-tu pas plutôt un slogan, pour la bonne conscience des commerçants de mort, des belligérants et des dictateurs qui nous commandent ?

Et quand bien même il n’y aurait pas de guerre ni de révoltes populaires, la Paix, serais-tu forcément là ? Quel serait ton nom ?

Dis-moi.

Paix, silence ?

Est-ce bien toi ce silence de peur, te reconnais-tu dans ce calme de cimetière et cette apathie frileuse imposés à la cité par la maréchaussée et les satrapes locaux, au nom du sacro-saint « Ordre Public », souvent appelé « Unité Nationale » ou « Lutte contre le terrorisme » ? Cet « Ordre Public » qui bâillonne la presse et enferme le journaliste non béni-oui-oui, qui interdit d’expression et de manifestation le contestataire pacifique et l’opposant politique ; qui vante et promeut le thuriféraire corrompu ; qui refoule l’immigrant exilé ou réfugié, et déroule le tapis rouge aux rapaces étrangers ; qui ignore l’orphelin, l’affamé et le malade ? Cet « Ordre Public » qui dénie et cache la misère des populations, emprisonne la victime et laisse filer le voleur et l’assassin ; qui refuse le débat contradictoire, le changement et l’alternance, et qui organise et installe l’éternité au pouvoir, aux dépens de la bonne gouvernance ?

Dis-moi ton nom, toi. Dis-moi si tu es vraiment là où n’existe aucune perspective de développement ni de bien-être pour tous, surtout lorsque l’avenir… et la fin de la jeunesse s’embarquent, sous arnaque, dans les périssoires de faux espoirs qui les précipitent, sous nos yeux, dans les tombes marines.

Dis-moi comment on peut parler de paix quand les prédateurs des fonds et des biens publics narguent les pauvres contribuables, et ne sont punis – sans remboursement aucun – que lorsqu’ils ne plaisent plus au Patron de droit divin, ou paraissent être une menace pour « la place » de leur « créateur » …

 La Paix, dis-moi ton nomPaix, pensée unique ?

Dis-moi si tu es là où le citoyen ne se voit offrir de choix qu’entre le « oui » et le… « oui », sous peine de tortures et de châtiments. La Paix, pourrais-tu cautionner des « élections » dont les résultats sont déjà en poche, et qui ne constituent qu’une pitoyable mise en scène, un spectacle insipide monté pour satisfaire les critères de démocratie dictés par les sponsors occidentaux, et non un exercice civique permettant à l’électeur de participer, par délégation, au gouvernement de la nation en choisissant ses dirigeants, comme le prescrit la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ?

Organisée dans ces conditions-là, la démocratie, ironiquement proclamée « avancée/apaisée », peut-elle se revendiquer de toi, la Paix, alors qu’elle n’est qu’un mensonge, un vain mot, alors qu’elle n’est pas un comportement d’honnêteté et de patriotisme, de justice pour le faible comme pour le fort, de partage entre riches et pauvres, de liberté et d’égalité pour tous, de respect de l’Autre, de fraternité et d’Amour ?

La Paix, montre-moi ton visage, dis-moi ton nom. Dis-le-moi, afin que les prestidigitateurs de tout poil ne continuent plus à tromper le monde sans espoir qui se bat, qui s’exile, qui se meurt.

En attendant, laisse-moi dire, laisse-moi, avec mes coreligionnaires, chanter mon rêve de toujours : « Vienne, vienne la Colombe et son rameau d’olivier, dans nos cœurs et dans le monde, où la paix reste à gagner ».

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Extrait du recueil de textes « J'écris, Je dis, Paix », Teham Éditions, Le Plessis Trévise 2016, 72 pages

Écrit par Celestin Lingo, Yaoundé (Cameroun)

Le capitaine Guerandi Mbara